Regarder une femme qui n’est pas une proche parente

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Les rapports et contacts entre les hommes et les femmes qui ne sont pas mariés ou qui ne sont pas de proches parents 1 sont encadrés dans la législation musulmane par un certain nombre de principes et règlements bien précis. Ces dispositions visent à protéger et à sauvegarder la pudeur au sein de la communauté humaine. Par ailleurs, les orientations adressées aux uns et aux autres ont pour objet d’éviter l’adoption d’attitudes qui pourraient avoir pour conséquence de renforcer l’emprise de certains instincts et d’intensifier certaines pulsions sur les individus, diminuant d’autant la résistance de ces derniers face à eux -avec tous les risques que cela renferme, comme par exemple la naissance de tensions au sein du couple pouvant conduire jusqu’au divorce, ou encore la réalisation d’actes strictement interdits en dehors du cadre licite du mariage…
Dans le présent article, je vous propose une synthèse des règles énoncés par les juristes musulmans en rapport avec les limites que doivent respecter les hommes au niveau du regard envers les femmes « étrangères » (non mahram) qui ne sont pas « adjâïz » (c’est à dire qui n’ont pas atteint un âge bien avancé…) 2

  • Selon l’école malékite, il n’est pas permis à un homme de regarder une femme non mahram, exception faite de son visage et ses mains. Ces deux dernières parties, il peut les regarder à condition qu’il ne craigne pas d’être attiré par ce regard (‘inda ‘adami khawf il fitnah) , et à condition qu’il n’observe pas la femme pour y prendre du plaisir.

  • Selon les châféites, il n’est pas permis à un homme de regarder une femme étrangère. D’après l’avis faisant autorité chez eux, même le regard vers le visage et les mains d’une telle femme n’est pas autorisé sans raison valable (reconnue comme telle par les juristes musulmans.)

  • Selon l’avis qui semble faire autorité chez les hanafites, un homme ne peut regarder que le visage, les mains et les pieds d’une femme étrangère à condition que ce regard ne soit pas accompagné de désir (min ghayri chah’wah). Certains oulémas hanafites sont cependant d’avis que, dans un contexte où le risque de tentation est dominant, le regard, même non accompagné de désir, vers le visage, les mains ou les pieds de la femme est à éviter (makroûh) sauf en cas de besoin (reconnu comme tel par les juristes musulmans).

  • Selon l’avis qui semble faire autorité chez les hambalites, une homme ne peut regarder aucune partie du corps de la femme qui lui est étrangère, sauf en cas de nécessité (reconnu comme tel par les juristes musulmans).

Ces différentes règles ont été établies à partir des références suivantes :

1) Injonction de protéger le regard en général :

« Dis aux croyants de baisser leurs regards et de garder leur chasteté. C’est plus pur pour eux. Allah est, certes, Parfaitement Connaisseur de ce qu’ils font. »

(Sourate 24 / Verset 30)

Le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) avait dit à une occasion :

« Ô Ali ! Ne fais pas suivre le regard d’un autre, car seul le premier t’est autorisé. »

(Tirmidhi)

2) Permission pour la femme de découvrir (et donc pour l’homme de regarder, sous certaines conditions) quelques parties du corps (les mains, le visage, ainsi que les pieds pour certains…) -élément de l’argumentaire des hanafites et des mâlékites :

« Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines (…) »

(Sourate 24 / Verset 31)

3) Condition d’absence de désir lors du regard :

Dans un Hadith, le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) affirme :

« (…) La « fornication » (zinâ) des yeux », c’est le regard… »

(Boukhâri)

Al Kâsâni r.a., commentant ces propos du Prophète (sallallâhou alayhi wa sallam), soutient que ce zinâ des yeux a lieu justement lors du regard avec désir, étant donné que c’est là un facteur pouvant entraîner des actions illicites.

4) Interdiction de regarder n’importe quelle partie du corps d’une femme étrangère-élément de l’argumentaire des hambalites ; les savants qui ne partagent pas leur avis considèrent que la prescription contenue dans ce verset s’adresse de façon exclusive aux épouses du Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) :

« Ô vous qui croyez ! N’entrez pas dans les demeures du Prophète, à moins qu’invitation ne vous soit faite à un repas, sans être là à attendre sa cuisson. Mais lorsqu’on vous appelle, alors, entrez. Puis, quand vous aurez mangé, dispersez-vous, sans chercher à vous rendre familiers pour causer. Cela faisait de la peine au Prophète, mais il se gênait de vous (congédier), alors qu’Allah ne se gêne pas de la vérité. Et si vous leur demandez (à ses femmes) quelque objet, demandez-le leur derrière un rideau : c’est plus pur pour vos coeurs et leurs coeurs ; vous ne devez pas faire de la peine au Messager d’Allah, ni jamais vous marier avec ses épouses après lui ; ce serait, auprès d’Allah, un énorme pêché. »

(Sourate 33 / Verset 53)

5) Permission de regarder certaines parties du corps d’une femme étrangère en cas de besoin (reconnu comme tel par les juristes musulmans) :

Dans plusieurs Hadith, le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) a autorisé à (et même exhorté) celui qui désirait demander la main d’une femme en mariage de la regarder d’abord.

Wa Allâhou A’lam !

Et Dieu est Plus Savant !


1- A titre d’information, je rappelle que toute personne avec qui le mariage est interdit pour toujours est considéré comme proche parent -mahram- . Celles (ou ceux, pour les femmes…) avec qui le mariage est possible et envisageable sont considérés comme des « étrangers » : Les règlements mentionnés dans la synthèse concernent justement les rapports entre personnes « étrangères » de sexe opposé.

2- Il est à noter que la plupart des écoles de jurisprudence musulmane ont établi une distinction entre le regard vers une femme d’un âge suffisamment avancé (« adjoûzah », pluriel « adjâïz ») de celui porté sur une femme qui n’a pas atteint ce stade.