Poser des questions d’ordre intime…

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Question : Est-il permis à une femme de poser à un homme une question en rapport avec sa pratique religieuse mais qui touche un aspect intime ? Je m’interroge à ce sujet parce que je suis parfois surprise (et même très gênée) en lisant le contenu de certains échanges publics qui ont lieu entre frères et sœurs non mahrams (c’est à dire qui ne sont pas des proches parents) sur des forums musulmans…

Réponse : Voici deux Ahâdith qui, en sus d’apporter une réponse à votre question, présentent également des précisions très importantes par rapport au sujet que vous évoquez :

حَدَّثَنِى أَنَسُ بْنُ مَالِكٍ قَالَ جَاءَتْ أُمُّ سُلَيْمٍ – وَهِىَ جَدَّةُ إِسْحَاقَ – إِلَى رَسُولِ اللَّهِ -صلى الله عليه وسلم- فَقَالَتْ لَهُ وَعَائِشَةُ عِنْدَهُ يَا رَسُولَ اللَّهِ الْمَرْأَةُ تَرَى مَا يَرَى الرَّجُلُ فِى الْمَنَامِ فَتَرَى مِنْ نَفْسِهَا مَا يَرَى الرَّجُلُ مِنْ نَفْسِهِ فَقَالَتْ عَائِشَةُ يَا أُمَّ سُلَيْمٍ فَضَحْتِ النِّسَاءَ تَرِبَتْ يَمِينُك فَقَالَ لِعَائِشَةَ بَلْ أَنْتِ فَتَرِبَتْ يَمِينُكِ نَعَمْ فَلْتَغْتَسِلْ يَا أُمَّ سُلَيْمٍ إِذَا رَأَتْ ذَاكِ

Traduction explicative

Anas Ibnou Mâlik (radhia Allâhou anhou) raconte : Oummou Souleym (radhia Allâhou anhâ) (…) est venue auprès du Messager d’Allah (sallallâhou ‘alayhi wa sallam) et elle lui a demandé -alors que Aïcha (radhia Allâhou anhâ) était à ses côtés : « Ô Messager d’Allah ! La femme (qui) voit en rêve ce que l’homme voit et (qui) se voit (ainsi) comme l’homme se voit (c’est à dire qu’elle fait un rêve érotique et que, à la suite de cela, elle ait un écoulement de maniy… Que doit-elle faire ?) (En entendant ces propos) Aïcha (radhia Allâhou anhâ) s’exclama : « Ô Ommou Souleym ! Tu as déshonoré les femmes(en dévoilant quelque chose dont elles ont honte d’en parler et qu’elles préfèrent dissimuler), que ta main droite soit couverte de terre (c’est là une expression qui était utilisée par les arabes à l’époque et qui visait à exprimer une désapprobation ou un reproche) ! »

Il (sallallâhou ‘alayhi wa sallam) dit alors à Aïcha (radhia Allâhou anhâ) : « Mais c’est plutôt toi (qui mérite que l’on te reproche ton attitude et que l’on te dise) que ta main droite soit couverte de terre ! »

(Puis, en s’adressant à Oummou Souleym (radhia Allâhou anhâ), le Messager d’Allah (sallallâhou ‘alayhi wa sallam) ajouta :) « Oui, elle doit prendre un bain (rituel pour se purifier) lorsqu’elle voit cela. »

(Sahîh Mouslim)

Commentaires

Parmi les enseignements qui peuvent être retirés de ce Hadith, il y a notamment les éléments suivants :

  • Celui/celle qui a besoin d’obtenir des informations en rapport avec sa pratique religieuse a le devoir de questionner la/les personne(s) qui est/sont en mesure de lui apporter des réponses, et ce, même si lesdites questions portent sur des sujets d’ordre intime. La honte ne doit ainsi pas constituer un obstacle dans l’apprentissage du dîn. Néanmoins, il est nécessaire de se limiter aux éléments requis pour l’interrogation, en évitant les détails superflus, comme l’a fait Oummou Souleym (radhia Allâhou anhâ).

  • En posant sa question, Oummou Souleym (radhia Allâhou anhâ) a fait usage d’une phrase exprimant bien sa pudeur : elle a ainsi parlé de ce qui se produit chez la femme en général et n’a pas du tout lié son interrogation à sa condition personnelle.

  • Dans le cas où une personne interroge autrui de façon convenable sur un sujet d’ordre intime dans le but d’obtenir des informations nécessaires à sa pratique religieuse, on ne peut lui adresser de reproche et son attitude n’est, en aucune façon, condamnable. C’est ce qu’indique le propos que le Messager d’Allah (sallallâhou ‘alayhi wa sallam) adressa à Aïcha (radhia Allâhou anhâ).

  • Si besoin est, il n’y a aucun mal à ce qu’une femme adresse une question liée à la pratique religieuse à un homme compétent, et ce, même si celle-ci porte sur un sujet d’ordre intime.

***

عَنْ عَائِشَةَ – رضى الله عنها – أَنَّ رِفَاعَةَ الْقُرَظِىَّ طَلَّقَ امْرَأَتَهُ فَبَتَّ طَلاَقَهَا فَتَزَوَّجَهَا بَعْدَهُ عَبْدُ الرَّحْمَنِ بْنُ الزَّبِيرِ فَجَاءَتِ النَّبِىَّ – صلى الله عليه وسلم – فَقَالَتْ يَا رَسُولَ اللَّهِ إِنَّهَا كَانَتْ عِنْدَ رِفَاعَةَ فَطَلَّقَهَا آخِرَ ثَلاَثِ تَطْلِيقَاتٍ فَتَزَوَّجَهَا بَعْدَهُ عَبْدُ الرَّحْمَنِ بْنُ الزَّبِيرِ وَإِنَّهُ وَاللَّهِ مَا مَعَهُ يَا رَسُولَ اللَّهِ إِلاَّ مِثْلُ هَذِهِ الْهُدْبَةِ لِهُدْبَةٍ أَخَذَتْهَا مِنْ جِلْبَابِهَا قَالَ وَأَبُو بَكْرٍ جَالِسٌ عِنْدَ النَّبِىِّ – صلى الله عليه وسلم – وَابْنُ سَعِيدِ بْنِ الْعَاصِ جَالِسٌ بِبَابِ الْحُجْرَةِ لِيُؤْذَنَ لَهُ فَطَفِقَ خَالِدٌ يُنَادِى أَبَا بَكْرٍ يَا أَبَا بَكْرٍ أَلاَ تَزْجُرُ هَذِهِ عَمَّا تَجْهَرُ بِهِ عِنْدَ رَسُولِ اللَّهِ – صلى الله عليه وسلم – وَمَا يَزِيدُ رَسُولُ اللَّهِ – صلى الله عليه وسلم – عَلَى التَّبَسُّمِ ثُمَّ قَالَ لَعَلَّكِ تُرِيدِينَ أَنْ تَرْجِعِى إِلَى رِفَاعَةَ ، لاَ ، حَتَّى تَذُوقِى عُسَيْلَتَهُ ، وَيَذُوقَ عُسَيْلَتَ

Traduction explicative

Aïcha (radhia Allâhou anhâ) rapporte que Rifâ’ah Al Qouradhi (radhia Allâhou ‘anhou) divorça de façon irrévocable de sa femme. Abdoul Rahmân Ibnouz Zoubeyr (radhia Allâhou ‘anhou) l’épousa par la suite. Elle se rendit (un jour) chez le Prophète Mouhammad (sallallâhou ‘alayhi wa sallam) et lui dit : « Ô Messager d’Allah ! » (et) elle (raconta alors) qu’elle vivait auprès de Rifâ’ah (radhia Allâhou ‘anhou) qui (à un moment donné) prononça à son encontre le dernier des trois divorces (possibles avant une séparation définitive). Abdoul Rahmân Ibnou Zoubeyr (radhia Allâhou ‘anhou) se maria ensuite avec elle.

(Elle dit:) « Et il n’a avec lui, Ô Messager d’Allah, que (quelque chose de similaire à) ce bout de vêtement » (en désignant) un bout qu’elle avait saisi de son manteau (elle prétendait ainsi que son présent époux était impuissant). Abou Bakr (radhia Allâhou anhou) était à ce moment assis auprès du Prophète Mouhammad (sallallâhou ‘alayhi wa sallam) tandis que le fils de Saïd Ibnoul ‘Äs (radhia Allâhou ‘anhou) était assis devant la porte de la chambre(attendant) que la permission d’entrer lui soit donnée.

Khâlid (radhia Allâhou ‘anhou) se mit alors à interpeller Abou Bakr (radhia Allâhou ‘anhou) (en lui disant : ) « Ô Abou Bakr ! (Pourquoi) ne réprimandes-tu pas celle-ci pour ce qu’elle est en train d’exprimer ouvertement auprès du Messager d’Allah (sallallâhou ‘alayhi wa sallam) ? » Le Messager d’Allah (sallallâhou ‘alayhi wa sallam) (pour sa part) ne fit rien de plus que sourire. Puis il (sallallâhou ‘alayhi wa sallam) dit : « Peut-être désires-tu retourner auprès de Rifâ’ah (après avoir que Abdoul Rahmân ait divorcé de toi) ? Non, pas tant que tu n’auras pas goûté un peu de son miel et lui du tien (c’est à dire que tant que tu n’auras pas eu des rapports intimes avec lui, tu ne redeviendras pas licite (après un éventuel divorce) pour ton premier époux). »

(Sahîh oul Boukhâri)

Commentaires

Dans une autre version de ce Hadith, il est précisé que le mari de cette femme réfuta le propos de celle-ci en présence du Prophète Mouhammad (sallallâhou ‘alayhi wa sallam) : il affirma au contraire qu’ils avaient bel et bien eu des rapports intimes et si elle prétendait qu’il était impuissant, c’était juste parce qu’elle désirait retourner auprès de son ex-époux, Rifâ’ah (radhia Allâhou ‘anhou)…

En considérant l’énoncé de ce Hadith, on constate que :

  • Une femme soumit au Messager d’Allah (sallallâhou ‘alayhi wa sallam) une question d’ordre intime en rapport avec le dîn en présence d’autres personnes (au moins deux Compagnons (radhia Allâhou ‘anhoum) et Aïcha (radhia Allâhou ‘anhâ)).

  • Pour bien exprimer son interrogation, elle s’est permise de donner certains détails concernant sa vie privée : le Prophète Mouhammad (sallallâhou ‘alayhi wa sallam) ne lui a pas adressé de reproches à cause de cela.

  • En répondant à sa question, le Messager d’Allah (sallallâhou ‘alayhi wa sallam) a employé une formulation subtile, pure de toute grossièreté et d’impudeur.

Wa Allâhou A’lam !