Le divorce en Islam…

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Question : Comment le divorce est-il perçu en Islam ?

Réponse : Avant tout, il convient de rappeler que le mariage est un acte très important de la vie humaine. La protection du lien qu’il établit constitue donc un des objectifs essentiels pris en considération au travers des enseignements de l’Islam. En lisant le Qour’aane, on constate qu’Allah a fait allusion au mariage par l’intermédiaire de l’expression « mîthâqan ghalîdhâ » (littéralement : « forte alliance »), qui indique de façon très explicite la valeur de cet engagement de vie commune qui unit l’époux et l’épouse (Voir Sourate 4 / Verset 21).

Le lien du mariage est donc établi pour durer, afin de permettre aux époux de bâtir (et de renforcer continuellement) un foyer leur permettant à chacun de trouver amour, affection, complicité, quiétude, sérénité… un foyer accueillant, qui permettra également à leur future progéniture de s’épanouir pleinement… C’est bien pour que le « Nikâh » s’établisse de façon durable que le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) ordonnait, par exemple, à celui qui désirait se marier de bien s’assurer, avant le mariage, que l’apparence physique de celle qu’il avait choisi lui convenait parfaitement (Sounan Abî Dâoûd, entre autres)… C’est encore pour contribuer à la protection du couple que le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) enseignait aux époux la patience et le pardon, lorsqu’il s’adressait à eux en ces termes : « Qu’un croyant (c’est à dire l’époux) n’éprouve pas de la haine pour une croyante (i.e. l’épouse)… S’il répugne un trait de son caractère, il en appréciera un autre. » (Sahîh Mouslim) (En commentant ce Hadith, Moufti Taqui écrit en substance : « L’époux doit éviter de se focaliser sur les erreurs et les manquements (éventuels) de son épouse à son égard. Au contraire, il se doit de considérer ses qualités et, eu égard à celles-ci, pardonner les (éventuels) torts qui lui sont causés…Réf : « Takmilah Fath il Moulhim » – Volume 1 / Page 133.)

A partir de là, il est donc logique que tout ce qui peut fragiliser le lien solide du mariage, et a fortiori ce qui peut provoquer sa rupture n’est pas apprécié en Islam. C’est en ce sens qu’il faut comprendre notamment les propos très durs que le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) tenait à l’encontre de celui qui monte une femme contre son mari (en mentionnant par exemple auprès d’elle les défauts de ce dernier, ou en vantant auprès d’elle les qualités d’un homme étranger ; cette condamnation concerne également la personne qui monte un mari contre sa femme -Réf : « Abou Daoûd », avec le commentaire de « Awn oul Ma’boûd »)

C’est justement en considérant ceci que la majorité des oulémas ont émis l’avis que le divorce en Islam ne doit être prononcé qu’en cas de besoin 1. Cet avis majoritaire a été exprimé notamment par Al Kâsâni r.a. (parmi les oulémas hanafites – « Badâï ous Sanâï » – Volume 3 / Page 95), Al Kamâl ibnoul Houmâm (parmi les hanafites toujours – « Fath oul Qadîr » – Volume 3 / Page 22), Ibn Âbidîne r.a. (« Raddoul Mouhtâr » – Volume 3 / Page 228), Ibn Taymiyah r.a. (« Fatâwa Cheïkh il Islâm Ibn Taymiyah » – Volume 3 / Pages 16 et 62), entre autres… (Voir également : Pour le fiqh hambalite « Kacchâf oul Qinâ' » – Volume 3 / Page 139, et pour le fiqh châféite « Mougniy oul Mouhtâdj » – Volume 3 / Page 307)

Cette opinion repose essentiellement sur les arguments suivants :

  • Divorcer sans raison valable constitue une expression d’ingratitude en ce sens qu’il consiste à mettre un terme au lien du mariage – « Nikâh », qui est un bienfait d’Allah (comme l’indique le verset 21 de la sourate 30). Et l’ingratitude est condamné en Islam.

  • Comme le souligne Ibn Taymiyah r.a., on arrive à percevoir qu’Allah n’apprécie par le divorce lorsqu’on voit que, dans le texte coranique, la conduite qui tend à briser injustement la vie d’un couple, en provoquant la séparation entre les époux, est celle des sorciers, adeptes des démons et des Chayâtîns (Voir Sourate 2 / Verset 102). Par ailleurs, dans un Hadith authentique, le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) affirme que le démon qui est le plus apprécié par « Chaytân » (satan) est celui qui arrive à provoquer la rupture entre un homme et sa femme.

  • Dans un autre Hadith, il est mentionné que la femme qui réclame le divorce à son mari sans raison valable ne sentira pas l’odeur du Paradis.

  • Enfin, répudier sa femme sans raison valable revient à lui porter préjudice… à elle même, mais aussi aux enfants ; et il n’est pas permis de porter préjudice de la sorte à autrui.

Néanmoins, l’Islam admet tout à fait qu’il peut arriver des situations extrêmes où la poursuite de la vie conjugale n’est plus possible. En effet, il n’est pas question de nier le fait que, le caractère humain étant ce qu’il est, des tensions peuvent surgir à un moment ou un autre dans la vie du couple… Lorsque cela se produit, le devoir de chacun des époux est d’essayer de trouver, au plus vite, des voies de conciliations durables (entre eux ou en faisant appel à des médiateurs, comme l’enseigne le Qour’aane – Voir versets 34 et 35 de la sourate « An Nissâ » (Les femmes) – Lire également, par rapport au contenu du verset 34, l’article suivant : « Le Coran ordonne-t-il de frapper la femme ?«  ).

Malgré tout, il peut tout à fait arriver, pour diverses raisons, que ces tensions persistent, se répètent, s’amplifient et, à la longue, créent de l’aversion entre les époux… une aversion telle que la séparation devient alors le seul moyen pour l’homme et la femme, chacun de leur côté, de retrouver la sérénité du cœur et de l’esprit, de tenter « refaire » leur vie, et peut être d’essayer de fonder une nouvelle famille… Dans ce genre de situations extrêmes, le divorce représente également un moyen permettant aux enfants (si le couple en a…) de retrouver une vie « normale » et de sortir ainsi d’un contexte de disputes, de luttes et de frictions incessantes entre leurs parents…

Pour répondre à votre question donc, l’Islam ne prohibe et ne condamne pas totalement le divorce (contrairement au catholicisme, où est institué le principe de l’indissolubilité du mariage, avec admission néanmoins du principe de « nullités de mariage » dans certains cas très limités…), mais ne lui laisse pas non plus « la porte grande ouverte »… auquel cas on se retrouverait avec des dérives comme celui que dénonce Châh Walioullâh Ad Dahlawi r.a., qui écrit en substance ceci :

Il y a dans la multiplication des divorces et dans leur banalisation de nombreux effets néfastes, parmi lesquels (l’un des plus importants) serait que des hommes ne chercheraient alors plus qu’à assouvir leurs pulsions sexuelles avec différentes femmes en contractant sans arrêt des mariages, rapidement suivis de divorces, sans accorder de considération aux buts essentiels recherchés au travers du « Nikâh » (en Islam)(fondation d’un foyer stable, entraide pour la réalisation des intérêts mutuels, protection contre la fornication et l’adultère…)- (« Houdjjat oullâhil Bâlighah » – Volume 2 / Page 138)

Fidèle à sa nature de religion « du juste milieu et de la modération » (dînân wasatan), tous les principes que l’Islam a défini et toutes les règles qu’il a énoncé en matière de divorce vise donc ce double objectif : Eviter, d’un côté, la multiplication des divorces, sans pour autant, d’un autre côté, faire peser sur les époux des contraintes « invivables »…

(Réf : « Takmilah Fath il Moulhim » de Moufti Taqui Outhmâni – Volume 1 / Pages 131 et suivantes, « Halâl aul Harâm » de Cheikh Khâlid Sayfoullâh – Pages 315 et suivantes, « Fiqh ous Sounna » – Volume 2 / Pages 379 et suivantes, « Al Moufassal fî Ahkâmil Mar’ah » – Volume 7 / Pages 351 et suivantes)

Wa Allâhou A’lam !

Et Dieu est Plus Savant !


1– Cet avis majoritaire s’oppose à un autre, défendu par un autre groupe de savants, comme l’Imâm Qourtoubi r.a., Ibnoul Moundhir r.a., As Sarakhsi r.a., ainsi que quelques illustres noms de l’école hanafite (Réf : « Tafsîr Qourtoubi » – Volume 3 / Page 126, « Al Mabsoût » – Volume 6 / Page 2, « Ad Dourroul Moukhtâr » – Volume 3 / Page 227), et qui stipule que le statut originel du divorce, en Islam, est la permission (« ibâhah »).
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